Back to the roots
29 Mai. 11:00.
Le grand Leader ne viendrait pas. La longue attente sous le soleil du matin avait laissé place à cette certitude. Des murmures s’élevaient de l’assemblée et des chuchotements fusaient de toute part.
“Ca veut dire quoi ca ?”. “Ah les camerounais exagèrent”. “On va changer quand non ?” “ 2h heures d’attente. Faut pas exagérer quand même.”
Soudain, à la surprise de tout le monde, se leva, sorti de nulle part, un vieillard à la mine mystérieuse.
Il s’approcha du micro et prit la parole devant cet auditoire agité.
D’une voix tremblante mais calme, il s’adressa à eux:
Le leader ne viendra pas.
Et nos cris et nos complaintes, aussi forts soient-ils, n’y changeront rien. Beaucoup se demandent qui je suis.
Je suis aussi vieux que les racines qui nourrissent l’arbre de cette communauté camerounaise que nous formons.
Je porte en moi le témoignage de notre histoire, nos défaites et nos espoirs en tant que peuple, communauté camerounaise de l’étranger.
Mais ce que j’ai de plus précieux à vous offrir aujourd’hui est l’audace d’inventer le futur.
Cette audace vient de ce que j’ai de plus fondamental que spécifique, elle vient du facteur camerounais que je porte en moi. Et elle m’aide à répéter ce slogan que d’autres ont répété avant moi: “Impossible n’est pas camerounais”.
Il vient un temps dans la vie de chaque homme où il doit prendre une décision. Celle de prendre son destin et celui de sa communauté en main.
Il vient un temps dans la vie de chaque homme où il ne peut tenir les autres responsables de ses échecs, alors qu’il n’a été qu’un acteur passif dans la suite d’échecs qu’a été le film de sa vie, en tant qu’individu et en tant que membre de sa communauté.
Il vient un temps où la lumière de la sagesse éclaire un individu et lui fait réaliser qu’il a le devoir et la responsabilité d’être le changement qu’il veut voir dans la société.
Le leader ne viendra pas.
Mais nous avons chacun la possibilité de faire la différence, de manifester ce facteur que nous portons fondamentalement en chacun de nous et qui nous a rassemblé jusqu’ici : Le facteur camerounais.
C’est ce facteur que nous devons redéfinir, sur un repère de zéro à plus ou moins l’infini, qui va nous permettre de juger la distance que nous avons parcouru et celle qui nous reste à parcourir ensemble.
De même que les fruits de l’arbre révèlent comment il a été cultivé, les résultats d’une méthode révèlent son efficacité et sa fiabilité.
Le monde dans lequel nous vivons est en proie à beaucoup de changements. De nombreux défis se révèlent à nous et nous devons vite nous adapter avec des solutions bien réfléchies et appliquées pour leur faire face.
Le temps viendra où le Cameroun et l’Afrique pourront s’élever dans le domaine de la production industrielle et l’avancée scientifique parce qu’elle regorge non seulement de matières premières mais aussi de matières grises au potentiel jamais épuisé. Nous y croyons.
Le temps viendra où le Cameroun et l’Afrique possèderont enfin des structures médicales et éducatives compétentes pour prendre soin de la santé physique, psychologique et intellectuelle de tous ses habitants. Nous y croyons.
Le temps viendra où les camerounais et les africains sauront apprécier à leur juste valeur tout leur potentiel et capacités, et l’influence du Cameroun et de l’Afrique sera plus qu’une empreinte au niveau culturel dans le monde. Nous y croyons.
Mais le temps est venu pour nous de préparer le chemin pour de telles évolutions et révolutions.
Le temps est venu de préparer le sentier pour un pays qui sait conjuguer le mot unité dans le passé, mais ne sait pas l’utiliser encore plus efficacement dans le présent et le futur pour faire un changement significatif et durable dont les générations futures pourront bénéficier.
Le temps est venu de dire non, aux aides aliénantes aux contours obscurs et avilissants pour dire oui à notre propre potentiel et notre propre capacité à faire une différence, créer un chemin avec les ressources dont nous disposons et résoudre nous même nos problèmes.
Nous avons besoin d’une nouvelle génération de personnes qui accompagnent l’inertie des théories intellectuelles et de l’encre avec le dynamisme productif de l’action et des résultats concrets.
Nous avons besoin d’associations camerounaises qui non seulement aident à améliorer l’image du Cameroun, des camerounais et de l’Afrique et des africains à l’étranger, mais aussi s’assurent que les résidents camerounais jouissent au maximum de toutes les ressources qui sont à leur disposition et les opportunités que leur offrent leur pays de résidence.
Nous avons besoin d’associations camerounaises qui stimulent et rassemblent les énergies de leur membre dans le but de créer et concevoir des programmes d’aide vers le Cameroun qui radient le besoin d’aide, qui traitent les problèmes à leur source, qui cultivent le culte de la résolution des problèmes avec les moyens dont nous disposons et ne les limitent pas à l’aspect financier.
Nous avons besoin d’associations camerounaises qui croient en l’avenir du Cameroun parce que nous sommes en partie l’avenir du Cameroun. D’associations et d’individus qui comprennent que le changement réel ne se fera que d’individu en individu, d’étapes en étapes, de pas à pas.
Aucun changement n’est facile. Si nous croyons que le mot changement traduit une attitude passive qui emploie les mêmes méthodes et attend des résultats différents, nous devons rayer le mot changement de nos dictionnaires.
Tout réel changement implique une transformation, un sacrifice, une endurance, une persévérance, un renoncement à soi même. Sacrifier peu ou plus pour gagner mieux.
En ce moment crucial de notre histoire où nous nous rencontrons, crucial parce qu’aujourd’hui est toujours le seul jour que nous puissions réellement influencer, prenons la décision ferme et déterminée de changer.
Résolvons les problèmes de la « célèbre ponctualité des africains » qui accablent notre image.
Résolvons les problèmes du « respect de l’hygiène et de la propreté et entretien des infrastructures que nous visitons », qui ternissent notre image.
Résolvons les problèmes du « respect de l’autre et des hiérarchies en place » même quand l’autre est « africain » ou « camerounais » ou de la même race que nous, qui freinent notre développement.
Abattons nos ennemis réels, qui sont entre autres le tribalisme, le découragement, l’esprit négatif et d’abandon, le fatalisme, la paresse, le manque de responsabilité aussi bien individuel que collectif, une prétendue dépendance par rapport à nos anciennes colonies ou à de nouvelles, qui prend bien souvent la forme d’un matérialisme à outrance qui en plus de tuer nos économies locales, monopolise des capitaux qui pourraient servir à être plus humains, camerounais, bâtir camerounais, consommer camerounais.
Nos défis sont nombreux et coriaces, mais notre volonté de les vaincre est plus forte.
Notre volonté de soigner nos divisions internes et de faire de notre personne, notre communauté et notre pays un exemple est plus forte et se doit d’être déterminée.
Le vrai défi est celui d’affermir notre volonté, de croire en notre capacité de nous changer, d’avoir la foi que nous pouvons prédire notre avenir en l’inventant, de tenter l’impossible pour connaitre les limites du possible.
Ensemble, nous vaincrons.
L’assemblée se leva, donna au vieillard une ovation mémorable et répéta en cœur :
Ensemble, nous vaincrons.
Et le vieillard pensa : « Le leader est venu. Il était en chacun de nous. »
Ensemble, nous vaincrons.
Redaction
Une Challengiste Camer depuis Munich